Le périple de Juan Salvo et de ses amis de la banlieue au centre de Buenos Aires est le fil conducteur de L’Éternaute et nous en avons marqué les étapes dans la carte interactive ci-dessus, pour les curieux et ceux qui connaissent un peu la ville.
Lorsque H. G. Oesterheld conçut L’Éternaute, il choisit de placer l’intrigue au sein de la ville de Buenos Aires. À une époque où le fantastique et la science-fiction étaient principalement dominés par des auteurs étasuniens, cela représentait un choix audacieux. Oesterheld établissait le cadre, familier à l’ensemble de ses lecteurs, afin d’y situer un récit centré sur la notion de « héros collectif », qui lui était particulièrement chère. Comme l’ont souligné Carlos Trillo et Juan Sasturain, L’Éternaute de 1957 constituait déjà une œuvre à portée politique.
Francisco Solano López, dans cette première version de l’histoire, s’attacha à décrire visuellement ce voyage dans les moindres détails. Il déclara : « Concernant les lieux et les bâtiments qui apparaissent dans L’Éternaute […], il s’agissait de dessins improvisés, car je connaissais tous ces quartiers depuis mon enfance. Toute la zone nord, du Tigre à Palermo, en passant par Belgrano et le centre. Je suis né à l’hôpital de Clínicas, j’ai vécu à Palermo, puis à Belgrano. J’avais une tante à Vicente López, à qui je rendais souvent visite, et je faisais toujours un détour par la rivière, au port d’Olivos. C’est pourquoi, dans L’Éternaute, tout se passe en suivant les itinéraires des bus 29 ou 60. Des années plus tard, j’ai travaillé au Banco Nación, sur la Plaza de Mayo, et j’ai fini par très bien connaître le quartier du Congrès. La seule fois où j’ai dû faire des recherches pour une case de la bande dessinée, c’était pour le grand tableau avec la vue d’en haut de la Plaza de los Dos Congresos, où se trouve la base extraterrestre. Sur une photo, que j’ai perdue, j’avais une vue panoramique de cette place vue d’en haut. »
C’est précisément à Beccar, à proximité de Vicente López, où vivait H. G. Oesterheld, que l’histoire débute : Solano López y établit la maison de Juan Salvo.
Bien que dans la version de 1969, Oesterheld ait apporté des modifications significatives à son scénario initial, le récit suit néanmoins le même cheminement. Les indications géographiques dans ce scénario sont moins précises et Alberto Breccia s’y intéresse moins, principalement pour rendre graphiquement l’atmosphère oppressante de l’histoire.
Les vicissitudes liées à la publication dans le magazine Gente, qui obligeront les auteurs à écourter leur projet initial, rendent ces indications encore plus lapidaires dans la dernière partie du récit. Néanmoins, Breccia s’attache à situer avec précision tous les moments clés de l’histoire : le premier contact avec les « gurbos », le stade Monumental, le centre de commandement des « manos » situé dans le kiosque à musique de Belgrano, la bataille de la place Italia ainsi que le quartier général de l’invasion, établi place du Congrès.