Sélectionné !

Deux livres dans les sélections officielles du FIBD 2025 (La pythie vous parle de Liv Strömquist [sélection officielle] et Au loup ! de Troubs [éco-fauve (sic !) Raja]. Wow ! C’est un véritable come-back pour Rackham : le dernier livre à figurer dans une sélection du FIBD remonte à l’édition 2018 (Dans le noir de Daria Bogdanska). Tous les livres que Rackham a publiés depuis sont passés sous le radar des différents comités.

Qu’il s’agisse de La rose la plus rouge s’épanouit de la même Liv Strömquist, du formidable tour de force scénaristique de La divine comédie d’Oscar Wilde de Javier de Isusi ou de l’originale poésie visuelle de À cause d’une fleur de la toute jeune María Medem… Rien.

Heureusement, les radars des libraires et des lecteurs sont plus sensibles : La rose la plus rouge… s’est vendue à près de 70 000 exemplaires, de Isusi et Medem ont fait plus que bonne figure : tirage épuisé et réimpression tambour battant. Y a-t-il une vie en dehors de la sélection officielle ? Les faits tendent à le prouver.
Néanmoins, chaque fois qu’une sélection est annoncée et qu’aucun de ses titres n’y figure, l’éditeur a un petit pincement au cœur. Après tout, il s’agit de la sélection des sélections, celle du plus prestigieux festival de bande dessinée francophone. Une sorte de bénédiction, une marque d’appartenance au cercle des « éditeurs de qualité ». Pourtant, la sélection officielle doit être prise pour ce qu’elle est : le choix d’un groupe donné de personnes à un moment donné. Il faudrait donc d’abord en assumer sa totale relativité.
De surcroît, en plus de devoir écrémer les milliers de titres qui sortent chaque année en France, la sélection doit probablement répondre à d’autres critères pour répondre à la prétention du FIBD d’être le festival de « toute la bande dessinée ». Donc il faut encore relativiser.
Puis, en dehors des jours où le FIBD fait l’actualité, l’écho de la sélection semble à avoir de la peine à parvenir aux oreilles du lecteur. Il y a longtemps, les libraires spécialisés mettaient en avant tous les titres de la sélection, de sa proclamation à la remise des prix. Très intéressant pour les heureux élus, étant donné que la période de Noël tombe juste au milieu. Depuis, l’afflux incessant de nouveaux titres et le manque de place pour les gérer ont rendu cette pratique difficile, voire impossible. Les lauréats eux-mêmes (autrefois tous mis en avant) ont subi le même sort et il n’y a presque plus que le « meilleur album » qui bénéficie d’une bonne visibilité dans les librairies.
Sans parler de la multiplication exponentielle des prix et récompenses, désormais décernés tout azimut, qui ont fini par banaliser même les prix du FIBD. Ajoutons à cela tous les « meilleures bd de l’année », « à mettre sous le sapin », « le choix de…. », petites listes dressées par le premier venu qui encombrent la presse et les réseaux sociaux.

Au final, sélectionné ou non, mieux vaut remiser son ego et revenir à la seule sélection qui compte : celle faite par les libraires qui lisent ce qu’ils vendent et par le bouche-à-oreille des lecteurs.